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Escalade à Montréal

Grimper l’Huascaran, Pérou, juillet 2012

Planification et organisation d’un voyage en haute montagne.

Parfois, ça commence par un rêve, ça peut être un défi, un projet personnel, ça peut aussi se décider aussi vite qu’un son de cloche ou dans mon cas, une cloche de téléphone!   Voici mon histoire avec le centre d’escalade Attitude Montagne:

L’appel de la montagne!

Dring-dring-dring!
– Salut Simon, c’est Dominic d’Attitude Montagne.  Ça roule ?
– Ouais super, je me prépare pour ma saison d’escalade estivale.
–  Tu fais quoi vers la fin juillet au début août ?  Tu serais intéressé par une expédition de haute montagne au Pérou sur Huascaran (6748 mètres) ?
– Hummm, vite de même ?  J’ai combien de temps pour te répondre que j’y pense
– Je te donne jusqu’à demain, reviens moi là dessus.

Comme ça, je me suis embarqué dans une expédition d’escalade au Pérou à l’été 2012.  J’ai eu «l’appel»67 jours avant le départ. C’est comme se réveiller deux mois avant un marathon et aller s’acheter des souliers pour commencer à courir!  J’avais du pain sur la planche.

Je faisais un entrainement déjà depuis 4 mois en CrossFit et c’était très bien mais la motivation n’était pas toujours au rendez-vous.  Avec ce nouveau projet et surtout avec la date qui approchait, je devais prendre les bouchée double.  Je m’entraînais deux fois par jour (matin au gym et le soir du cardio). J’ai eu un bon 4 ou 5 semaines très intense.  Chaque répétitions, chaque livre et chaque mètre me préparait de plus en plus à ma montagne.  Quand je voulais arrêter à bout de souffle, je pensais à ma montagne.  Le 25 juillet notre voyage on était prêt et nous aussi.

Notre équipe est composée de 4 membres: un guide, deux clients et un cuisinier-porteur péruvien.  Notre guide, Dominic, un ami et le président/patron chez Attitude Montagne (école d’escalade basée à Sainte-Adèle qui offre des cours et voyage d’escalade de tous les types partout dans le monde).  Il est guide membre de l’ACMG (Association of Canadian Mountain Guides) ce qui fait de lui un des guide de montagne les mieux qualifié dans tout le Nord-est du Canada.  Je fais de l’escalade technique depuis 5 ans mais je ne suis jamais monté bien plus haut que 2000 mètres.

 

Après une trentaine d’heures de vol et de déplacement, nous arrivons à Huaraz. Déjà, en ville, l’altitude se fait ressentir.  À 3200 mètres, la ville de Huaraz est entourée de montagne et l’air est saturé à 69% d’oxygène comparativement au niveau de la mer.  Monter les

marches, se réveiller et se lever rapidement causent des étourdissements et des petits points noirs.  Quelques jours en ville pour s’adapter à l’altitude et nous partons pour la première montagne.  Le but est simplement de s’acclimater afin d’être en meilleur forme pour notre gros sommet.

Au Vallunaraju, notre camp de base est à 4200 mètres (61% d’oxygène) et nous y passons la nuit.  Ici marcher et dormir devient plus pénible pour un des membre et nous devons modérer nos déplacements (se contrôler pour ne pas aller trop vite).  La meilleure manière de décrire le manque d’oxygène est de s’imaginer que pour chaque tranche de 500 mètres au dessus de 3000 mètres, on ajoute 10 livres de pression sur la poitrine.  Le lendemain matin, notre tâche est l’ascension jusqu’au camp moraine à 4900 mètres avec un sac à dos d’une trentaine de livre en grosse botte de haute montagne en plastique.  La distance est de 700 mètres à couvrir qui nous prendra près de 6 heures. Malheureusement pour notre équipe, notre co-équipier ne se sent pas bien et nous devons abandonner cette montagne.  De retour en ville, nous découvrons qu’il souffre d’un œdème pulmonaire, une maladie très dangereuse reliée au mal aigu des montagnes, il devra retourner à Montréal.  Dominic adapte son plan car des grimpeurs locaux nous donnent de mauvaises nouvelles concernant l’Huascaran (la plus haute montagne du Pérou). La voie normale est dangereuse et en mauvaise condition et semble fermée.  Nous irons donc faire 3 sommets plus petits dans la vallée de Ishinca : Urus (face Est – 5420), Ishinca (face Nord – 5540) et Tocllaraju (face Nord-Ouest – 6128). Il est donc recommandé d’inclure le  simulateur d’oxygène dans sa préparation.

Notre séjour dans la vallée d’Ishinca sera de 9 jours.  Nous partons de la ville avec 600 livres d’équipements et nourriture. Heureusement, nous engageons des aerios (muletiers) afin de transporter tout cet équipement au camp de base.  Le camp de base est à 4350 mètres et grâce à notre préparation au Vallunaraju, il est maintenant plus facile de respirer et nous sommes mieux adaptés à l’altitude.  Une fois notre camp et tentes montées, nous soupons (avec beaucoup de riz, patate et pâtes…) et vers 17h30 nous sommes couchés.

Notre départ pour Urus est à 03h00 du matin.  Un déjeuner rapide composé de gruau et de thé, quelques biscuits et de gel énergétique nous sert de repas pour la route.  Il faut être le plus léger possible; mon sac pèse à peine 10 livres et nous partons pour une journée de 14 heures.  En montagne, avec le manque d’oxygène, une fois essoufflé il faudra plusieurs heures pour être à nouveau fonctionnel.  Il faut donc aller très lentement mais sans jamais arrêter et surtout ne pas s’essouffler sinon c’est la fin.  C’est un principe long et pénible! L’ascension d’Urus est très éprouvante physiquement, psychologiquement et émotivement.  À quelques moments, je n’ai pu contenir mes émotions tellement c’est la chose la plus dur que j’ai eu la chance de faire dans ma vie.  Je me suis rendu au sommet à 5420 mètres (51% d’oxygène).  Une fois au sommet, quelques photos et on mange nos biscuits Oréo mais il nous reste encore la moitié du chemin à faire, nous devons redescendre.  Arrivé au camp de base vers 14h00, je me suis effondré et j’ai dormi jusqu’en fin de journée.  Le lendemain s’était une journée de repos pour prendre des forces pour le prochain sommet : Ishinca!

Pour Ishinca, même scénario mais j’étais beaucoup plus prêt psychologiquement.  J’ai été capable de contrôler mon rythme plus facilement et l’ascension était beaucoup plus agréable.  La montagne a vu que j’étais prêt et elle m’a donné des vents de 70 km/h et du temps froid.  Cette voie était plus dure techniquement avec des sections d’escalade de glace techniques, de la navigation sur le glacier et le sommet demandait l’ascension d’une face de 80 degré d’inclinaison.  Le point culminant était magnifique et avec des vents de près de 100 km/h nous étions les rois de la montagne ce jour là. En plus, nous avons eu une accalmie temporaire de vent, le temps d’une photo debout au sommet.

De retour au camp de base, la température commençait à se détériorer et notre date de retour approchait.  Il restait 3 jours incluant le retour à Montréal et le Tocllaraju demande 2 jours et demi en moyenne pour l’ascension selon les guides et livres de références.  Nous avons donc du renoncer à cette voie qui m’aurait emmené au dessus de 6000 mètres mais bien honnêtement je commençais à être un peu au bout du rouleau.  Nous sommes donc retournés à Huaraz et avons célébré nos succès et mes deux premières montagnes de 5000 mètres avec de la bière et plein d’autres bonnes chose !  Le Tocllaraju ne bougera pas et j’ai un autre 12 mois pour me préparer à l’affronter.

 

Simon Harvey

Pasionné de montagne

Moniteur Centre Attitude Montagne

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